samedi 8 avril 2017

lire autrement un Bergson différent

Bergson chaise jardin

 

 

Lire Bergson et Écrits philosophiques :

lire autrement un Bergson différent

 

  • Longtemps caricaturé comme un théoricien réactionnaire et obsolète, le philosophe connaît aujourd'hui un vrai retour en grâce. Sa pensée apparaît de nouveau centrale, nourrissant le travail des jeunes générations. De cette vivacité retrouvée témoignent une nouvelle édition critique de ses oeuvres ainsi que plusieurs essais qui lui sont consacrés.

La gloire de Bergson par Azouvi couv

Étonnant destin que celui de l'oeuvre d'Henri Bergson (1859-1941). Dès le début, elle rencontre une audience inhabituelle. Durant les premières années du XXe siècle, cet homme frêle, modeste, presque timide, devient une star. Le mot n'existe pas encore, mais ce philosophe, qui scrute la conscience comme le chimiste explore une molécule, est soudain au centre de tous les débats.

Dans La Gloire de Bergson (Gallimard, 2007), François Azouvi a retracé cette ascension sans pareille et le brusque déclin qui suivit. Dans la France des années 1960 et 1970, à l'apogée du structuralisme, en effet, c'est le rejet. On écoute Paul Nizan ou Georges Politzer, qui le traitent de "chien de garde" et de "valet de la bourgeoisie".

Alors que le marxisme triomphe et que le matérialisme domine sans partage, le malheureux Bergson passe pour un spiritualiste réactionnaire et obsolète. Mis à part quelques fidèles, personne ne le lit. Si... Gilles Deleuze.

Le bergsonisme Deleuze couv

Contre la machinerie hégélienne et les pesanteurs de la dialectique, Deleuze trouve en lui une pensée de la radicale nouveauté, surgissant au coeur du flux temporel, émergeant d'un mouvement créateur. Sous l'influence de Jean Wahl, qui maintient en France le souvenir de William James - ami de Bergson, presque son alter ego -, Deleuze contribue à réhabiliter l'oeuvre. Il montre combien, pour penser notamment le cinéma et "l'image-mouvement", les intuitions bergsoniennes sont précieuses.

Aujourd'hui, quelques décennies plus tard, le paysage est fort différent. L'oeuvre d'Henri Bergson paraît à nouveau centrale. Mais on la lit autrement, sous des angles inédits. On découvre aussi, par de nouveaux textes jusqu'alors oubliés ou inconnus, d'autres facettes.

En témoignent, ces jours-ci, pas moins d'une dizaine de volumes de ou sur Bergson. Parmi les indices d'un bergsonisme vivace et renouvelé, rappelons le travail récent de David Lapoujade, éditeur et commentateur de Deleuze et de James. Dans Puissances du temps, paru il y a quelques semaines (1), il tente de résoudre deux questions laissées de côté par Bergson : la place des émotions et des affects - curieusement peu évoquée par le philosophe, alors que le regret, le deuil ou la mélancolie nous donnent un accès incomparable au temps -, et le sens de l'avenir, qui interroge évidemment une pensée ayant su rendre synonymes durée et mémoire.

Lire Bergson couv

Toutefois, le volume le plus significatif des approches actuelles est l'ouvrage collectif intitulé Lire Bergson. Sous la direction de Frédéric Worms, grand artisan du renouveau bergsonien et responsable de la nouvelle édition critique, une brochette de philosophes de la nouvelle génération invente des éclairages imprévus.

C'est ainsi, par exemple, que Frédéric Fruteau de Laclos, sous un titre surprenant (La philosophie analytique d'Henri Bergson) rapproche de manière inattendue mais féconde l'homme des données immédiates de la conscience et Russell, Schlick, Goodman ou Meyerson. De même, Bergson dans la société du risque - celle qu'il n'a pas connue et qu'analysent diversement, bien après lui, Claude Lévi-Strauss, Jean-Pierre Dupuy ou François Ewald - fournit son thème à une étude de notre collaborateur Frédéric Keck.

On le voit : il ne s'agit pas seulement, comme le souligne Frédéric Worms, de s'attacher à ce qu'on découvre seulement chez Bergson - en particulier ces thèses centrales : "Le temps n'est pas de l'espace" ; "Le néant n'existe pas" ; ou encore la différence entre les religions et les morales qui sont closes et celles qui sont ouvertes. Il convient également de faire l'apprentissage d'une lecture intégrale, suivie, raisonnée, qui permette de confronter cette pensée à des objets nouveaux et d'en découvrir des capacités inaperçues. À cela se reconnaissent les vraies philosophies.

Encore faut-il disposer de tous les textes dans une édition fiable, sérieuse et accessible. C'est maintenant chose faite, grâce à l'excellente édition critique des Presses universitaires de France (PUF). Maniable, rigoureuse, peu coûteuse, c'est un modèle d'outil de travail utile à tous. Les derniers titres, qui viennent de paraître, reprennent sous forme de courts volumes des études que Bergson avait publiées séparément, puis regroupées, en 1934, sous le titre La Pensée et le mouvant.

D'autre part, un fort volume d'Écrits philosophiques offre lettres, articles, discours, débats ou interviews qui dessinent d'autres silhouettes de Bergson, où s'impose celle d'un maître animé par une indéfectible passion de l'explication lumineuse.

On retrouve ce souci de clarté et d'exemples concrets dans les cours de lycée du professeur Bergson, qui ont fait récemment l'objet d'un colloque à l'École normale supérieure (Paris). Deux nouveaux volumes, édités par Sylvain Matton et présentés par Alain Panero, sont disponibles (2). Comme les précédents, ce sont des cahiers de notes manuscrites prises scrupuleusement par les lycéens d'alors. Pour l'anecdote : ces archives, qui dormaient dans des greniers, ont été proposées à l'éditeur à la suite d'un article du Monde des livres relatant par quel hasard avait resurgi de l'oubli le précédent cahier inconnu. Comme quoi...

Roger-Pol Droit

 

(1) Editions de Minuit, Paradoxe, 110 p., 16 €.

(2) Cours de philosophie de 1886-1887 et Cours de morale, de métaphysique et d'histoire de la philosophie moderne de 1892-1893. Lycée Henri-IV, éditions Séha-Archè, respectivement 430 p., 36 €, et 460 p., 37 €.

 

  • Lire Bergson, sous la direction de Frédéric Worms et Camille Riquier. PUF, "Quadrige Manuels", 208 p., 13 €.
  • Écrits philosophiqes d'Henri Bergson, édition critique réalisée par Arnaud Bouaniche, Elie During, Arnaud François, Frédéric Fruteau de Laclos, Frédéric Keck, Stéphane Madelrieux, Camille Riquier, Ghislain Waterlot, Frédéric Worms. PUF, "Quadrige Grands textes", 1 030 p., 25 €.
  • Signalons aussi, en poche : La Politesse (Rivages/"Petite biblothèque", 76 p., 6 €).

 

Extrait

"Peut-être avez-vous remarqué, devant nos monuments et dans nos musées, des étrangers qui tiennent à la main un livre ouvert, un livre où ils trouvent décrites, sans doute, les merveilles qui les environnent. Absorbés dans cette lecture, ne semblent-ils pas oublier pour elles, parfois, les belles choses qu'ils étaient venues voir ?

C'est ainsi que beaucoup d'entre nous voyagent à travers l'existence, les yeux fixés sur des formules qu'ils lisent, dans une espèce de guide intérieur, négligeant de regarder la vie pour se régler simplement sur ce qu'on en dit, et pensant d'ordinaire à des mots plutôt qu'à des choses. Mais peut-être y a-t-il plus et mieux ici qu'une distraction accidentelle de l'esprit.

Peut-être une loi naturelle et nécessaire veut-elle que notre esprit commence par accepter les idées toutes faites et vive dans une espèce de tutelle, en attendant l'acte de volonté, toujours ajournés chez quelques-uns, par lequel il se ressaisira lui-même.

"Le bon sens et les études classiques",
discours prononcé par Bergson dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne
à la distribution des prix du Concours général, le 30 juillet 1895,
Écrits philosophiques, p. 159-160.

Le Monde des livres, 10 mars 2011

 

Bergson Écrits philosophiques couv

 

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vendredi 7 avril 2017

Bergson contre le positivisme, Damien Thiellier

 

 

Bergson contre le positivisme

Damien Thiellier

 

  • Contrairement au positivisme, Bergson rejette le monopole de la méthode expérimentale et le monisme épistémologique qu’on trouve chez Auguste Comte au XIXe siècle

Pour Bergson, la méthode philosophique doit être fondée sur «l’expérience aidée du raisonnement», qui consiste à se soumettre à la réalité objective pour l’étudier indépendamment de nos préférences ou de nos répugnances. Mais contrairement au positivisme, Bergson rejette le monopole de la méthode expérimentale et le monisme épistémologique qu’on trouve chez Auguste Comte au XIXe siècle.

La fin du XIXe siècle en France est marquée, dans le domaine des idées, par l’influence persistante du positivisme de Comte. Or, l’œuvre de Bergson s’est d’abord constituée comme répudiation de cet héritage.

Bergson (1859-1941), en effet, ne croit pas que la science positive soit capable de résoudre tous les problèmes qui se posent à l’homme, ni même qu’elle parvienne à rendre compte authentiquement de nos expériences les plus banales, comme notre rapport intime au temps qui passe. Le mécanisme matérialiste, qui triomphe alors dans les sciences, n’est pas non plus épargné, dans sa prétention à réduire la vie à un simple assemblage de molécules. Enfin, Bergson ne peut se résoudre à accepter la fin de la métaphysique (dont le positivisme aurait sonné le glas).

Et c’est peut-être là son apport le plus original : Bergson a largement contribué, dans une époque obnubilée par les succès de la science, à restaurer la réflexion métaphysique. Il a réhabilité aussi, comme en témoigne sa langue exempte de tout jargon, une certaine façon de philosopher (dont on trouve la source chez Descartes), qui rend sa pensée accessible à tous.

Né à Paris d’une mère anglaise et d’un père d’origine polonaise, Henri Bergson fait ses études au lycée Condorcet. Élève brillant, aussi doué pour les lettres que pour les sciences, il remporte en 1878 les premiers prix de français et de mathématiques du Concours général. «Faites Polytechnique» lui dit-on ; il préfère l’École normale supérieure, où il prépare l’agrégation de philosophie (qu’il passe avec succès en 1881).

Successivement professeur aux lycées d’Angers, de Clermont-Ferrand et Henri IV à Paris, il soutient en 1889 une thèse qui fait grand bruit : Essai sur les données immédiates de la conscience. Son retentissement est tel que Bergson est engagé comme maître de conférences à l’École normale supérieure, poste qu’il occupe jusqu’à sa nomination au Collège de France en 1900.

 

Matière et mémoire couv 1903

 

C’est à partir de la publication de Matière et mémoire (1896) que Bergson accède aux honneurs et connaît bientôt la plus grande célébrité. Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1901, membre de l’Académie française en 1914, il reçoit – couronnement suprême – le prix Nobel de littérature en 1927.

Entre-temps, Bergson poursuit son œuvre : Le Rire (1900), L’Évolution créatrice (1907), Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932). Il réunit d’autre part des articles, des études et des conférences en trois recueils : L’Énergie spirituelle (1919), Durée et simultanéité (1922) et La Pensée et le Mouvant (1934).

Conduit par l’évolution de sa pensée au seuil du catholicisme (il médite en effet sur les œuvres des grands mystiques), il refuse pourtant de se convertir, par solidarité avec la communauté juive que les hitlériens commencent à persécuter. Bergson meurt le 4 janvier 1941, en pleine occupation allemande. Seuls sa femme, sa fille, Paul Valéry (représentant l’Académie française) et Édouard Le Roy (son successeur au Collège de France) suivront le cortège funèbre. Bergson, écrivait Péguy en 1905, est celui qui a sauvé la pensée moderne du matérialisme et du déterminisme.

L’évolution créatrice

Dans L’Évolution créatrice, Bergson écrit : «Le temps est invention, ou il n’est rien du tout». Il prenait ainsi le contrepied de la science classique selon lequel tout est donné, tout est prévisible.

Au XIXe siècle, Pierre Simon de Laplace avait formulé l’idéal d’un déterminisme total. Dans son Essai philosophique sur les probabilités (1795), il se livrait à une extrapolation des résultats de Newton : «Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur, et comme la cause de ce qui va suivre. Une intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux».

La science classique est dominée par la possibilité d’une omniscience indifférente au déroulement du temps. Le présent y détermine le futur, comme il peut servir à reconstruire le passé.

Au contraire, pour Bergson, l’univers dure. «Plus nous approfondissons la nature du temps, plus nous comprendrons que durée signifie invention, création de formes, élaboration continue de l’absolument nouveau.» Dans Le possible et le réel, il pose la question : «À quoi sert le temps ?… le temps est ce qui empêche que tout soit donné d’un seul coup. Il retarde, ou plutôt il est retardement. Il doit donc être élaboration. Ne serait-il pas alors le véhicule de création et de choix ? L’existence du temps ne prouverait-elle pas qu’il y a de l’indétermination dans les choses ?»

Réalisme philosophique et pluralisme de la méthode

Pour Bergson, la méthode philosophique doit être fondée sur «l’expérience aidée du raisonnement». Cette méthode, ébauchée par Aristote déjà, au IVe siècle avant notre ère, consiste à se soumettre à la réalité objective pour l’étudier, telle qu’elle est, indépendamment de nos préférences ou de nos répugnances. Mais contrairement au positivisme, Bergson rejette le monopole de la méthode expérimentale et le monisme épistémologique qu’on trouve chez Auguste Comte au XIXe siècle.

Dès lors, il distingue deux types d’approches du réel : l’intelligence et l’intuition. L’intelligence correspond au travail d’explication qui est celui de la science. Elle découpe le réel, le mesure, le quantifie, le décompose. C’est une méthode analytique, celle des sciences expérimentales. L’intuition correspond à ce qu’on appelle la compréhension dans les sciences sociales, en particulier chez Weber. L’intuition est cet effort pour coïncider avec le réel, pour sympathiser avec lui.

«Nous appelons intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique» (La pensée et le mouvant, p.181). L’intuition a donc pour objet la vie intérieure, dans sa durée propre, dans sa subjectivité, c’est la «vision directe de l’esprit par l’esprit». Si une métaphysique ou une science de l’esprit est possible, selon Bergson, ce n’est que par l’intuition, par cette attention de l’esprit à lui-même.

 

Damien Thiellier, 16 juin 2012

 

Bergson debout
Henri Bergson (1859-1941)

 

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jeudi 6 avril 2017

Bergson, Données immédiates de la conscience, introduction d'Emmanuel Picavet

Bergson couv (1)

 

 

Bergson

Données immédiates de la conscience

introduction d'Emmanuel Picavet

 

 

Bergson photo

 

 

Données immédiates intro (1)

Données immédiates intro (2)

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Données immédiates intro (13)

Données immédiates intro (14)

Données immédiates intro (15)

Données immédiates intro (16)

Données immédiates intro (17)

Emmanuel Picavet
professeur à Paris-I Sorbonne

Emmanuel Picavet

 

 

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mercredi 5 avril 2017

Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, avant-propos

Données immédiates conscience couv 1927

 

Bergson, 1889

Essai sur les données immédiates de la conscience,

avant-propos

 

Nous nous exprimons nécessairement par des mots, et nous pensons le plus souvent dans l’espace. En d’autres termes, le langage exige que nous établissions entre nos idées les mêmes distinctions nettes et précises, la même discontinuité qu’entre les objets matériels.

Cette assimilation est utile dans la vie pratique, et nécessaire dans la plupart des sciences. Mais on pourrait se demander si les difficultés insurmontables que certains problèmes philosophiques soulèvent ne viendraient pas de ce qu’on s’obstine à juxtaposer dans l’espace les phénomènes qui n’occupent point d’espace, et si, en faisant abstraction des grossières images autour desquelles le combat se livre, on n’y mettrait pas parfois un terme.

Quand une traduction illégitime de l’inétendu en étendu, de la qualité en quantité, a installé la contradiction au cœur même de la question posée, est-il étonnant que la contradiction se retrouve dans les solutions qu’on en donne ?

Nous avons choisi parmi les problèmes, celui qui est en commun à la métaphysique et à la psychologie, le problème de la liberté. Nous essayons d’établir que toute discussion entre les déterministes et leurs adversaires implique une confusion préalable de la durée avec l’étendue, de la succession avec la simultanéité, de la qualité avec la quantité : une fois cette confusion dissipée, on verrait peut-être s’évanouir les objections élevées contre la liberté, les définitions qu’on en donne, et, en un certain sens, le problème de la liberté lui-même. Cette démonstration fait l’objet de la troisième partie de notre travail : les deux premiers chapitres, où l’on étudie les notions d’intensité et de durée, ont été écrits pour servir d’introduction au troisième.

Henri Bergson, février 1888

 

Bergson 1878 (19 ans)
Henri Bergson en 1878 (19 ans)

 

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lundi 27 mars 2017

Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, par Paul-Antoine Miquel

Bergson couv (1)

 

 

Bergson, Essai sur

les données immédiates de la conscience,

par Paul-Antoine Miquel

 

préface Données immédiates consciences (1)

préface Données immédiates consciences (2)

 Paul-Antoine Miquel, éd. GF, 2013

 

Bergson portrait (1)
Henri Bergson, 1859-1941

 

 

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